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Un mois après que l'Angleterre et la France aient déclaré la guerre à l'Allemagne,
Cinémonde du 4 octobre 1939 annonce déjà le tournage de ce film, non sans quelque
inquiétude quant à sa qualité : « Attention ! Le cinéma français a une tradition de grandeur et
de dignité que les meilleures intentions, fussent-elles rémunératrices, ne sauraient attaquer. »,
le rédacteur anonyme craignant dans ce même article que la période de guerre ne se traduise
par « des films faciles, pour ne pas dire médiocres ».
Le film est réalisé par Pierre Caron et produit par Alphonse Bourlet, avec le concours
financier de la Banque générale pour la France et les Colonies (dont le directeur est Monsieur
Goldfel).
Les principaux acteurs en sont Paul Cambo et Annie Vernay, tandis que Raymond
Cordy en est le principal second rôle. Affecté dans la défense antiaérienne, ce dernier
interprète son rôle de soldat pendant une « permission spéciale ».
Par ailleurs, la distribution de ce film qui se présente comme une comédie musicale
dès son générique (des portées musicales où des chardonnerets servent de notes tournoient
autour de indications écrites, tandis qu'on entend « Bonsoir les p'tits oiseaux, bonsoir les
copains ») compte trois chanteurs : les Français Guy Berry et la fantaisiste Marie Bizet, et
l'Anglais Jack Wilson (Noël Roquevert interprète un petit rôle de vieux villageois, et, pour l'anecdote, à l'occasion de la sortie du film, la presse mettra en avant que celui-ci est aussi interprété « par de vrais Tommies et par de vrais soldats de chez nous »).
Le ''scénario'' (on peut plutôt parler de « prétexte ») a pour auteurs Jean Nohain et et son réalisateur, qui ont également écrit les lyrics des chansons du film. Il raconte une idylle entre un sergent de passage dans un village situé à l'arrière de la zone des armées de l'Est de la France, avant son retour en première ligne, et une jeune aubergiste, ces deux jeunes gens s'étant connus quelques semaines auparavant, pendant les vacances d'été.
A la fin, le sergent et ses compagnons d'armes repartiront au front, encouragés, lors de la scène finale du film, par la chanson que chantent les villageois et qui donne son titre au film : "Si ça n'va pas tantôt, ça ira mieux demain !". Entre temps, une compagnie de soldats anglais (« les Tommies ») passe dans le village et ce passage donne l'occasion de chanter en choeur la marche "Bonjour, Tommies !", et de trinquer à la victoire, avant le départ des Anglais pour le front, que suivront bientôt leurs camarades français.
Le film, dont la durée n'est que d'une heure et quart, est meublé par des images récurrentes tirées des actualités cinématographiques montrant successivement des passages de troupes, de tanks et d'avions.
Issues de cette bluette, on compte au moins quatre chansons qui sont popularisées par leur radiodiffusion et par leur édition sur disques par les célèbres Editions Salabert. Ce sont trois marches chantées ayant pour titres "Sans soucis les fillettes", "Ça ira mieux demain" (sous-titrée "Rien, rien, rien !") et "Bonjour Tommy" ; et une chansonnette joyeuse : "Chantons quand même" (on trouve cette dernière sur youtube chantée par Daniel Clérice, mais celui-ci n’apparaît ni sur l'affiche, ni dans la distribution publiée dans la presse de l'époque, de même que les chanteurs Germaine Lix, Léo Marjane et Reda Caire qui ont eux aussi gravé sur
disques des chansons tirées de ce film).
Sa sortie fait l'objet d'un « grand gala franco britannique » le vendredi 19 janvier 1940, à partir de 20 heures, à la salle Pleyel (qui compte 2 000 places). Cette soirée de bienfaisance est donnée au profit, à la fois, des pupilles de la Fédération nationale des plus grands invalides de guerre actuellement aux armées, des mobilisés du cinéma et des oeuvres de guerre britanniques. Elle est placée sous la présidence effective de René Besse, Ministre des Anciens Combattants, et se déroule en présence de l'ambassadeur de Sa Majesté britannique, de Henri Queuille, Ministre de l'Agriculture et président de l'Office national des mutilés, des ministres de l'Education nationale et de l'Air, et du général Gouraud, président d'honneur de la
Fédération nationale des plus grands invalides de guerre. Un bien grand honneur pour ce qui
semble un ''petit'' film.
Avant sa projection, se produisent sur scène : Charles Trénet, Jean Warner et Eliane Celis.
Une deuxième projection est donnée de nouveau au profit (cette fois exclusif) des pupilles de la Fédération nationale des plus grands invalides de guerre. Elle a lieu, toujours à la salle Pleyel, le dimanche 11 février, à partir de 17 h 30, à l'issue du match de football France Angleterre et en présence des deux équipes et des organisateurs de la rencontre sportive.
La lecture du Petit Parisien du 8 février nous apprend que « cette présentation est organisée par la « Société des films France Angleterre », qui s'est fondée pour diffuser en France et à l'étranger des films franco-anglais à caractère national. Chantons quand même est son premier film tourné en France depuis les hostilités. C'est là une première et heureuse manifestation de l'amitié franco anglaise dans le domaine du cinéma. »
Enfin, le mercredi 28 févri er 1940, le film fait sa sortie publique au cinéma Paramount.
Notons qu'en première partie, est projeté le documentaire belge Ceux qui veillent , censé rassurer les spectateurs sur la solidité (peut on écrire « l’invincibilité »?) de l'armée belge en cas d'attaque par l'Allemagne de ce pays, malgré sa neutralité. On sait ce qu'il est advenu en mai 1940 sans avoir besoin d'insister sur ce point.
A ce jour, ce film n'est sorti sur aucun support, bien que les droits en soient possédés par les éditions René Chateau depuis plus de vingt ans. En tout cas, le négatif n'a pas été détruit pendant la guerre ; du moins on peut le penser puisqu'un visa de ressortie a été accordé en 1946 (mais on ne trouve pas trace d'une nouvelle distribution de ce film dans la presse de l'époque).
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