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La Comédie du bonheur est une pièce d'un auteur russe, Nicolaï Evreïnoff, créée à Saint-Pétersbourg en 1921 et montée par Charles Dullin, cinq ans plus tard, à Paris, où elle remporte un grand succès. Au total, avant la guerre, cette pièce a été jouée 800 fois et traduite en onze langues !

En 1935, Marcel L'Herbier souhaite « mettre en film » (selon son expression pour ses adaptations de pièces de théâtre) La Comédie du bonheur. Mais, pendant quatre ans, aucun producteur, compte tenu du thème poétique de la pièce, n'accepte de produire un tel film. Et ce n'est finalement qu'en juillet 1939 que la presse pourra annoncer le tournage du film, qui doit commencer deux mois plus tard.

Le tournage aura lieu en Italie, où Marcel L'Herbier a déjà tourné l'année précédente (Terre de feu). Son nouveau film est coproduit par la société française Discina, dirigée par André Paulvé, et par la société italienne avec laquelle ce producteur a un partenariat : Scalera Film. Cette dernière est une importante société puisqu'elle produira le plus de films pendant la période fasciste (46 en l'espace de 5 ans, de 1938 à 1942).

Dans la liste des acteurs, à part la vedette américaine Ramon Novarro, tous sont français, sauf pour les petits rôles, qui seront recrutés sur place. Et c'est Jean Cocteau qui a été chargé de faire l'adaptation de la célèbre pièce. Ce n'est donc pas un hasard si le compagnon de l'auteur dramatique, Jean Marais, quasi-débutant au cinéma jusque-là, est annoncé pour jouer le rôle que tiendra finalement Louis Jourdan.

Le tournage de ce film ne peut pas débuter à la date prévue du 13 septembre 1939 puisque la guerre a été déclarée par l'Angleterre et la France à l'Allemagne dix jours plus tôt, le 3 septembre.

La production cinématographique française est logiquement arrêtée, mais, contrairement à la plupart des autres films français en tournage ou en préparation, le projet de La Comédie du bonheur refait surface malgré la guerre en cours parce que l'Italie ne fait pas partie des belligérants et que Michel Simon, qui est suisse, et Ramon Novarro, qui est américain, ne sont pas mobilisés, leur pays respectif étant neutre. Seul Jean Marais n'est plus disponible, étant mobilisé.

Il reste donc à la disposition de Marcel L'Herbier les deux principales vedettes masculines et aussi les actrices prévues. Début janvier 1940, il annonce, à la Radio, qu'il va tourner La Comédie du bonheur.

Il faut préciser que ce projet entre dans la volonté du gouvernement français qui veut s'assurer les bonnes grâces de l'Italie, par le biais notamment de l'industrie cinématographique, car l'on craint que ce pays jusqu'ici neutre nous déclare la guerre. Deux autres cinéastes que Marcel L'Herbier - Jean Renoir, pour La Tosca, et Julien Duvivier pour une histoire de corsaires - et des acteurs – ou plutôt des actrices, puisque les hommes sont mobilisés – sont incités à aller tourner en Italie.

Ces actrices sont : Mireille Balin (dans Le Siège de l’Alcazar, d'Augusto Génina, tourné en deux versions – une italienne et une espagnole - le projet ayant d'abord été présenté vainement à l'auteur de La Bandera Julien Duvivier par Vittorio Mussolini), Renée Saint-Cyr (dans un film de Vittorio de Sica : Roses écarlates) et Corinne Luchaire (dans Abandon, de Mario Mattoli, qui sortira en France sous le titre L'Intruse). Ces trois jeunes femmes se trouvent en Italie au milieu d'une distribution entièrement italienne (à l'exception de Georges Rigaud, qui a tourné en France mais qui est argentin, présent dans L'Instruse(à suivre sur https://cultureanecdotesetopinions.over-blog.com/2026/06/l-imbroglio-de-la-comedie-du-bonheur-version-ital-version-fr-explique-par-christophe-ardouin-deuxieme-partie.html  )

 

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