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La légende veut que, pendant la guerre, avec sa troupe, ne voulant pas rester en zone occupée ni passer en zone libre, il aurait opté pour une tournée en Amérique du Sud afin d'échapper aux "Boches".

Or il est parti en 1941, avec l’aval des autorités de Vichy, après une tournée en zone libre.

Naturellement, une fois à l’étranger, il a pris son temps pour rentrer… Brésil, Argentine, Mexique, avant de revenir en France dans ce qu’on appelait encore l’Empire : Antilles, Algérie, qui étaient territoires gaullistes (on le voit durant près d'une minute dans Comédiens ambulants, un court-métrage de 1945). De Gaulle prit sa troupe sous son aile en la finançant et en en faisant un service de propagande culturelle dans les pays neutres.

Denis Rolland a écrit un livre sur le sujet : Louis Jouvet et le théâtre de l'Athénée : Promeneurs de rêves en guerre de la France au Brésil (Paris, L'Harmattan, 2000).

Mais l'attitude de Jouvet durant ces années reste, pour certains, difficile à expliquer...

Deux explications s'opposent alors par conscience professionnelle j'ai présenté les deux points de vue dans mon livre le cinéma sous la botte hitlérienne (cliquer sur le titre).

Dérogeant aux interdits législatifs concernant l’émigration, la troupe part de Lyon le 26 mai 1941 pour une tournée en Amérique latine (il sera amusant de constater en 1946 que dans le film Un revenant, Jouvet tient le rôle d'un artiste revenant à Lyon après de nombreuses années d'absence. Mais la comparaison s'arrête là, Un revenant s'inspirant d'un fait divers de 1922).

- « Ce n’est pas une marque d’insoumission ou de défiance envers le maréchal Pétain, bien au contraire. C’est une mission de propagande culturelle, officielle et subventionnée par les instances de Vichy », écrit le site louisjouvet.fr, « pourtant Jouvet apparaîtra à la Libération comme l’ambassadeur de la résistance culturelle française ».

Mais Alberte Robert, auteure en 1981 d'un documentaire sur Louis Jouvet, réfute ces accusations de collaboration : au contraire, en 1940 « les Allemands interdisent à Jouvet de jouer Jules Romains et Jean Giraudoux ; les jugeant « anticulturels », on lui offre de les échanger contre Schiller et contre Goethe. Jouvet leur rétorque qu’« on ne fait du théâtre que par plaisir, et en liberté », et cohérent, laissant son théâtre, il se replie en Suisse puis à Lyon. C’est là que Marcel Karsenty (qui a échappé de justesse aux Allemands – comme Ophüls) réussit à monter une tournée vers l’Amérique latine, et qu’ils supposent d’une

saison. Le gouvernement du Canada propose alors une saison à Montréal, Québec et Ottawa mais comme Washington ne répond pas aux demandes de visas des interprètes, Jouvet comprend que leur séjour est devenu un exil ».

Nous avons retrouvé trois documents datant de cette époque. Le premier est une photo dédicacée depuis la Guadeloupe, à Basse-Terre, en octobre 1944 à monsieur et madame Labussière :

- « Mon arrière grand-oncle était administrateur des colonies. Avec sa femme, ils ont reçu Jouvet chez eux, comme en attestent des photos sur lesquelles il est à table en leur compagnie. On m'a rapporté qu'un jour alors qu'il pleuvait, la "gouvernante" l'avait retrouvé dans son lit en train de lire avec son parapluie car il y avait une fuite au-plafond ; elle l'avait pris pour un original".

Sur les deux autres documents, on le voit prendre le frais sur une chaise longue, en compagnie de Bernard Lancret et Annie Cariel.

 

Merci à Marion pour ses inestimables reliques, à Christophe pour sa rapidité, à Philippe pour ses notes limpides et à Didier pour sa perspicacité.

 

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