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(cet article est extrait du livre Le cinéma sous la botte hitlérienne  (cliquer ICI).

Biographie filmée, 100 min.


Grand sujet consacré à la vie brève du célèbre pilote d'aviation Jean Mermoz, héroïque pionnier de la ligne aérienne France - Amérique du Sud, l'une des plus pures et plus belles figures dont la France puisse s'enorgueillir. Le film réalisé par Louis Cuny relate avec fidélité et simplicité les principaux épisodes de la trop courte carrière de Mermoz, vouée tout entière à l'aviation ; à part quelques documents authentiques extraits des actualités ou de documentaires de l'époque, cette production est essentiellement faite d'une reconstitution souvent saisissante, où l'acteur Robert Hugues-Lambert donne à la figure de Mermoz une ressemblance quelquefois frappante. Réalisé avec autant d'ampleur que le permettaient les circonstances actuelles, Mermoz constituera par son titre un très grand succès d'exploitation (Le film n°77 du 20 novembre 1943).

Robert Hugues-Lambert

Né à Paris en 1908, ce jeune employé de banque suit des cours d’art dramatique. En 1926 il part au service militaire chez les chasseurs alpins. À son retour, il tente sa chance sur les planches. Il part en tournée dans toute la France durant plusieurs années et affiche un peu trop complaisamment son homosexualité, ce qui sera la cause de sa chute.

En 1939 il est mobilisé et envoyé au front pendant la Drôle de guerre. Démobilisé, n’ayant guère retrouvé de travail, il se voue corps et âme à la poésie. Fréquentant le milieu homosexuel parisien, il devait fatalement tomber un jour ou l’autre sur Jean Cocteau. Celui-ci l’introduit dans le monde du cinéma et du théâtre. En 1941, il remplace Alain Cuny dans Le Bout de la route et le voici engagé, par un autre Cuny, Louis (sans lien de parenté avec le précédent : Alain Cuny se nommait en réalité René Xavier Marie) pour tenir le rôle-titre dans un film consacré au grand aviateur Mermoz disparu fin 1936 (la ressemblance entre les deux hommes est frappante, sauf en ce qui concerne la virilité). Pierre-Richard Willm, alors grande vedette, avait été contacté avant lui pour interpréter le rôle, mais ses prétentions financières étaient paraît-il incompatibles avec le budget.
Auparavant, dans une interview accordée avant le premier tour de manivelle, Dréville avait évoqué l'acteur Herwin Frédéric Roger Follot dit Jacques Erwin voire « un pilote de ligne » dont il n'avait pas révélé le nom.

Le film est en grande partie tourné en 1942 ; il ne reste plus que quelques scènes à adjoindre lorsqu’en mars 1943 le prometteur jeune premier qui sort d’une séance de portraits chez le fameux photographe Harcourt est arrêté par la police allemande à la terrasse du Sans-Souci, un café fréquenté par les homosexuels : il aurait eu une relation avec un officier allemand, d’où la nécessité de ne pas faire éclater un scandale.
L’Allemand est envoyé sur le front russe... et l’acteur, au camp d’internement de Compiègne.
On s’étonne toutefois du motif invoqué : les autres homosexuels, nombreux dans le monde du spectacle du Paris de l’Occupation, n’ont jamais été inquiétés.
Le film n’était pas achevé… Pour les ultimes scènes à tourner, Lambert est remplacé, physiquement, par Henri Vidal découvert par Edith Piaf (élu Apollon 1939, il sera le mari de Michèle Morgan. Il mourra à l’âge de quarante ans, dépressif et drogué). Mais si la silhouette de Vidal fait effet sur l’image, rien n’est réglé pour le son : les deux hommes n’ont pas du tout la même voix. Une équipe est dépêchée sur son lieu de détention pour effectuer une prise de son ; avec la complicité des gardiens, une perche se terminant par un micro est passée par dessus les clôtures du camp. Il était temps : en août 1943 il partait pour Buchenwald.

Lambert, rasé à son arrivée dans un camp, tomba en larmes à la vision de sa belle chevelure blonde. Il venait de prendre conscience de sa déchéance au moment où on lui volait son image. Il avait sans doute espéré retrouver Paris pour être présent à la première du film, le 14 octobre 1943 à l’Opéra de Paris après une avant-première à Vichy en présence du maréchal Pétain et de la mère de Mermoz. Fin 1944, Lambert est transféré de Buchenwald (où il s'est lié avec François Francen) à Flossenbürg. Il y mourra en mars 1945. Voici un extrait du film : 

https://www.youtube.com/watch?v=jo-4QxbJDUA

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